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Reconstruction du Fort de La Conchée à partir de 1989

A l’automne 1988, le fort de la Conchée était mis en vente. Aux yeux de tous les Malouins, ce vieux fort isolé au loin sur l’horizon, à deux bons milles du port, n’était plus qu’un amas de ruines depuis les bombardements de l’été 1944 qui avait entièrement détruit la cité intra-muros. Abandonné aux oiseaux de mer qui nichaient dans les décombres des logis de la terrasse, le fort n’était plus que le lieu de réunion de jeunes qui par mer calme venaient danser autour de feux alimentés par les dernières poutres.

La famille de Quenetin avait racheté le fort en 1984 à un architecte des Bâtiments de France qui l’avait laissé dans l’état de démolition au lendemain des combats pour la prise de l‘île de Cézembre. Les nouveaux propriétaires entreprirent la construction d’un grand débarcadère en bois. Mais à la première violente tempête d’hiver, toutes les poutres furent démantelées et l’embarcadère partit à la dérive. Découragée devant l’ampleur des travaux à entreprendre la famille remit le fort en vente en 1988.

Alain Rondeau, journaliste, rédacteur en chef de la revue Bateaux venu en reportage dans la baie de St Malo, visita par curiosité le vieux fort et décida en dépit de sa désolation de tenter un début de restauration afin de ne pas laisser à l’abandon ce monument historique conçu par l’illustre Vauban que le mauvais temps année après année, détruirait irrémédiablement. Avec quelques amis, il créa la Compagnie du fort de la Conchée, qui peu après commença la restauration.

Ci-dessus :
Le fort dans l’état où il se trouvait lors de l’achat du fort en 1988

1989 - Achat du fort

A la suite de l’achat en pleine propriété du fort en février 1989,  une société civile immobilière fut constituée par l’apport financier de 20 associés ainsi qu’une association loi de 1901, pour assurer les paiements des travaux.

1990 - Premier mur des six logis

Le mur des six logis, le long de la terrasse fut reconstruit sur toute sa longueur jusqu’au  niveau inférieur du futur chéneau canalisant les eaux de pluie en utilisant les pierres taillées retrouvées dans les décombres. Les plans conservés aux archives de la Défense au château de Vincennes permettaient de situer très exactement la position des fenêtres et les traces au sol des portes, confirmant ainsi l’exactitude des plans. Mais toute la terrasse restait un amoncellement de pierres. Ces premiers travaux montrèrent l’impérieuse nécessité de pouvoir débarquer le plus aisément possible sur le fort les maçons, comme les matériaux.

Ci-dessus :
- La voûte de l’escalier que domine le pignon du premier logis
- Les restes de la cheminée dans le second logis de la terrasse
- Premiers murs reconstruits

1991 - Etude d’un ponton d’accostage.

Un ingénieur de l’observatoire de Meudon dessina les plans d’une passerelle métallique longue de 25 m  qui serait installée sur trois pylônes scellés dans les roches de la pointe sud du fort. Un ponton coulissant sur la rampe devait faciliter les débarquements à toute heure de marée par mer pas trop agitée.

1992 - Installation de la grille d’entrée et des portes des salles basses.

Une grille était indispensable pour fermer le fort aux visiteurs qui dérobaient tous les cordages, les outils et balançaient de beaux blocs de pierre par dessus les parapets. Des barbelés sur le haut du rempart sud en ruine limitaient également l’accès des vandales.

1993 - Pose des pylônes de la rampe.

Les trois lourds pylônes cylindriques de la rampe furent boulonnés dans la roche ainsi que les pieds de fixation de la plateforme.


Ci-dessus :
Un hélicoptère vient déposer les pylônes et la plateforme de la rampe d’accostage.

1994 - Installation de la demi partie haute de la rampe.

La demi partie supérieure de la rampe fut transportée comme un radeau sur une vingtaine de bidons de 200 litres et raccordée à la plateforme de 3m par 3 m installée en haut de la rampe tandis qu’un mâtereau sur le côté permettait la manutention des charges un peu lourdes nécessaires à l’approvisionnement du chantier en sable et chaux.

Ci-dessus :
- La partie haute de la rampe est boulonnée aux rochers de la pointe sud
- La rampe sur des bidons de 200 l, fut amenée sur le fort comme un radeau.

1995 - Installation de la rampe basse.

La seconde partie de la passerelle fut installée au bas de la rampe, non sans quelques difficultés, pour assurer un parfait alignement du chemin de roulement de la plateforme. Elle coulissait et flottait grâce à trois bidons de 200 l, facilitant ainsi l’accostage à toutes heures de marée. Mais rapidement, les mouvements incessants provoqués par la moindre petite houle usaient les roulements en dépit des amortisseurs en blocs élastiques.

A ce grave défaut s’ajoutait une erreur de calcul dans la hauteur de la marée en vives eaux où la plateforme restait partiellement immergée. On pouvait encore regretter que la rampe se situa exactement à la jonction des courants longeant au jusant les rochers du fort de sorte que la mer au pied de la rampe levait plus qu’ailleurs, gênant ainsi l’accostage. Cette plateforme coulissante était finalement une fausse bonne idée mais l’escalier latéral restait aisément utilisable et allait permettre pendant plusieurs années les débarquements des maçons et du matériel, même aux plus basses mers.

Ci-dessus :
- La seconde partie basse de la rampe  transportée en radeau, a été boulonnée aux rochers.
- Un ancien chalutier assure l’approvisionnement du chantier en matériaux et en eau douce.

1996 - Logis 1. Maçonnerie. Transport par hélicoptère.

La construction du premier logis reprit sur les premiers murs avec l’élévation du pignon et l ‘installation des chenaux en pierre pour l’écoulement des eaux de pluie canalisées dans l’intérieur du logis jusqu’à la gigantesque citerne. D’un volume de 240m3 elle occupe tout le sous sol du logis. La longue pierre du dessus de la porte fut retrouvée cassée en deux dans les décombres mais une pièce métallique et un scellement chimique permirent de la remettre en place.

Pour la première fois, un transport par hélicoptère fut organisé pour transporter sur le fort les éléments de la charpente amenés par camion jusqu’à la pointe de la Varde. La grosse poutre maîtresse pesant plus de 900 kg représentait la charge limite pour l’hélicoptère qui dut retourner s’alléger à l’aérodrome voisin de Pleurtuit en vidant partiellement ses réservoirs. La poutre fut déposée directement dans sa position définitive. Les fermes et les poutres transversales suivront quelques heures plus tard le même chemin,  de sorte qu’à la fin de la journée toute la nouvelle charpente était mise en place  avec la seule intervention de deux charpentiers qui enfonçaient les longues chevilles d’acacia.  C’est là que l’on se rend compte que l’utilisation d’un hélicoptère est finalement économique. Un transport par bateau exigerait une main d’oeuvre importante pour embarquer en plusieurs voyages les poutres puis les hisser ensuite par une grue sur le haut du fort et enfin les mettre en place avec un échafaudage. Des manœuvres qui exigeraient beaucoup de bras.

La charpente une fois mise en place, l’hélicoptère put encore transporter toutes les voliges et les caisses d’ardoises. Même les outils des couvreurs furent amenés sur le fort en moins de 10 minutes de vol.

Ci-dessus :
- Toutes les pierres taillées à terre sont amenées, liées en paquets, par  hélicoptère.
- Le bel assemblage des poutres de la croupe du toit du premier logis.
- Le premier repas des ouvriers sous la nouvelle charpente dans le premier logis.

1998 - Logis 1. Charpente et couverture en ardoises.

La charpente mise en place sur les murs reconstruits jusqu’aux chenaux, la couverture en ardoise demanda plus de trois semaines de travail pour poser les épaisses ardoises en les clouant sur les lattes des voliges et les découper pour former les noues, les élégants arrondis autour de la fenêtre du toit et ajuster toutes les bordures. Il est intéressant de noter que pour donner une parfaite régularité dans l’alignement des ardoises, sur les monuments historiques, la hauteur de chaque rangée augmente très légèrement à mesure qu’elles se rapprochent de la faîtière vernissée comme celle d’origine.

A l’automne, le premier logis était enfin achevé. Il ne restait plus qu’à poser les portes fenêtres à petits carreaux, la lucarne du toit et la lourde porte à triple battants qui laissait autrefois le passage aux canons de 12 livres défendant la plateforme.

Ci-dessus :
- La grande porte du premier logis est fermée par une fenêtre et de robustes volets.
- Une porte étroite sur la terrasse est découpée comme un caillebotis.
- Chaque ardoise est fixée sur une volige en bois par un clou de cuivre.

1999 - Inspection de la commission supérieure des Monuments Historiques.

A cette époque, un différend vint opposer la compagnie à l’architecte en chef Alain Charles Perrault chargé du contrôle des travaux. Un pignon dans l’angle du rempart sud-ouest menaçait de s’écrouler. L’architecte exigeait avant toute poursuite des travaux de restauration de consolider ce pignon en installant un échafaudage tubulaire prenant assise 20 m plus bas, sur les rochers découvrant quelques heures au pied du rempart. Alain Rondeau, président de la compagnie, ayant une bonne connaissance des choses de la mer s’opposait à cette installation qui risquait fort d’être emportée par les vagues à la première tempête. Le différend prenant de l’ampleur A.C Perrault demanda l’avis de la commission supérieure des monuments historiques qui vint en délégation sur le fort. La décision de la commission était sans appel. Le président Fonquerny, architecte en chef de la cathédrale Notre Dame de Paris, en découvrant pour la première fois le fort de la Conchée fut surpris de son importance et de la beauté de l’architecture des salles de tir, mais inquiet des énormes infiltrations d’eau  qui transformaient les salles voûtées en de véritables grottes marines. Il décida qu’il suffirait de bloquer le pignon litigieux pour éviter sa chute dans la mer mais qu’en revanche tous les efforts  devaient être portés sur la reconstruction des logis et l’étanchéité de la terrasse pour mettre un terme à ces dangereuses infiltrations d’eau qui minaient tout le fort.

Cette décision de la commission eut grande importante pour toute la restauration  du fort car elle correspondait exactement aux souhaits des compagnons. Mais, en outre, la programmation des travaux fut dès lors entérinée pour plusieurs années et la direction des Affaires Culturelles apporta son soutien pour le financement d’une large partie des travaux. Peu de temps après, A.C Perault abandonna la restauration du fort pour s’occuper de celle plus prestigieuse à Paris de l’Opéra et du Grand Palais.





Ci-dessus :
- Le pignon ouest
- Le pignon au S.W du couronnement du rempart qui menaçait de tomber dans la mer.

2000 et 2001 - logis 2. Maçonnerie murs, pignon et cheminée.

Le grand pignon avec sa cheminée fut reconstruit entre les logis 2 et 3 et recouvert par la charpente d’un toit d’ardoises à deux simples pans.


Ci-dessus :
- Un travail délicat des ardoises et des plaques de plomb autour d’une des fenêtres du toit.
- Il faut parfois retailler les pierres à l’aide d’un disque électrique

2002 - Logis 3 maçonnerie et dallage de la terrasse.

Un second grand pignon, doublé, là encore d’une large cheminée, fut élevé après les deux premiers logis. Le mur intérieur bordait le large escalier venant des salles basses sous  une belle voûte ayant échappé aux destructions des bombardements de 1944. Mais sa seconde volée ayant totalement disparu, un massif escalier de bois copié sur un modèle de l’hôtel des Invalides à Paris, permis par la suite d’accéder aux combles qui servaient à l’origine de réserves pour la paille des couchages et aux vivres. Dès la pose d’un plancher, elles furent utilisées pour le logement des maçons. 

Les travaux de maçonnerie se poursuivirent par une reprise partielle du dallage de la terrasse qui n’avait pas trop souffert  de l’impact des obus tirés vraisemblablement plus à l’horizontale.


Ci-dessus :
- Le massif escalier de bois copié sur les Invalides qui conduit aux combles
- Tout le dallage de la terrasse présente des dessins soigneusement ajustés.
- Vues générales de la terrasse

2003 - Logis 3. Charpente et toit d’ardoise.

Cette nouvelle couverture identique  à celle du précédent logis, fut réalisée sans rencontrer aucune difficulté particulière.

En fin d’année, un long et beau toit d’ardoises dominé par deux belles cheminées de pierre, recouvrait  les deuxième et troisième logis, deux pièces parfaitement identiques avec chacune leur cheminée qui servaient de logis au commandant du fort et à deux officiers.

2004 - Logis 4. Début du comblement de la brèche du rempart ouest.

La reconstruction des quatrième et cinquième logis posait un sérieux problème. Si le hauteur du rempart permettait encore de poser la sablière de la charpente du quatrième logis,  l’énorme brèche dans le rempart descendait jusqu’au niveau des embrasures  des  salles basses. En d’autre lieu, la reconstruction du rempart aurait demandé simplement l’installation d’un grand échafaudage tubulaire prenant appui sur les roches, juste au pied du rempart mais son exposition aux tempêtes d’ouest, les plus violentes, interdisait l’installation de cet échafaudage qui aurait été immanquablement démantelé, nous l’avons dit, dès les premières tempêtes. Il fallait installer l’échafaudage uniquement dans la partie haute du rempart, hors de portée des vagues, à la manière d’une passerelle de couvreur. L’entreprise Baldeschi réussit à boulonner dans la partie encore saine de la muraille de larges équerres pour supporter la passerelle mobile, qui au fur et à mesure des travaux fut rehaussée jusqu’à atteindre  le haut du fort.

La manutention de pierre dépassant parfois les 100 kg n’étant pas possible sur une passerelle aussi légère, une grosse poutre fut placée dans une embrasure et servit de support à un robuste palan à chaîne.

Ce n’est qu’à la fin de 2008 que la grande brèche dans le rempart ouest sera définitivement refermée et  permit de reconstruire les murs du 5ème logis.


Ci-dessus :
- Le rempart et l’avancée au sud ont été totalement détruits par les obus américains.
- L’échafaudage volant en tubes restait hors de portée des vagues par mauvais temps.
- Il n’y avait aucune possibilité d’installer un échafaudage, les pieds dans la mer.
- La grande brèche sous  le  4ème logis, est presque entièrement refermée.

2005 - Construction de l’échauguette nord.

La rénovation de toute la terrasse au nord du fort et du rempart la ceinturant, mettait en lumière l’absence de l’ancienne échauguette, cette guérite de veille se dressant en bout du parapet. De cet ouvrage bien dessiné sur les plans de Vauban, il ne restait plus que le culot qui n’avait pas subi de dommage, les obus ayant uniquement entraîné à la mer le fût de la tourelle et sa coupole. Deux professeurs du lycée technique de Quintin, Jean Yves Savidan et Jean Charles Bernard s’étant proposés de faire réaliser une nouvelle échauguette par leurs élèves apprentis dans la taille des pierres. Le projet fut mis en chantier durant l’année scolaire et en juin toutes les pierres étaient prêtes à être assemblées, y compris la coupole qui représentait un travail complexe, le dôme  bien arrondi  étant composé de nombreuses pierres soigneusement emboîtées. Aidés de deux maçons, les deux professeurs par passion pour les monuments historiques, réussirent à reconstruire  l’échauguette.  Si ce n’est une teinte un peu plus claire du granit, elle était la copie conforme de l’ancienne échauguette. Un travail de qualité qui permit d’obtenir l’agrément de la Direction des Affaires Culturelles.

En plus de l’échauguette, l’année fut consacrée à la réfection des parapets dont les couronnements avaient bien souffert des bombardements ainsi qu’à la remise en état  des plateformes de la terrasse construites vers 1870 pour l’installation de canons à tir rapide mais qui ne furent jamais mis en service. En coupant en deux les dalles, les maçons permirent de n’utiliser aucune nouvelle pierre sur les plateformes endommagées par les obus.

Tous les logis furent également mis bien au sec par la pose des plusieurs portes et fenêtres.



Ci-dessus :
- Le fort avec sa nouvelle échauguette vu du nord.
- La construction  de la coupole très ouvragée a nécessité un délicat travail de sculpture.
- Une copie parfaitement identique  aux dessins de Vauban
- L’assise de l’échauguette a nécessité une robuste liaison dans les blocs de granit.

2006 - Installation d’une nouvelle passerelle d’accès.

Pour permettre un débarquement plus aisé sur le fort, il fut décidé d’installer une nouvelle passerelle exactement à l’emplacement de l’ancien escalier de pierre sur le flanc est où il ne restait que quelques marches à mi-hauteur des rochers. Cette passerelle d’une seule volée, longue de plus de 20 m, fut comme la rampe, transportée sur des bidons de 200 l et mise en position en profitant de la marée. Il fallait que la passerelle se place à basse mer exactement dans la position prévue pour la fixation des pièces boulonnées dans la roche. Une petite erreur aurait obligé pour soulever la passerelle à faire venir une coûteuse grue flottante. Toute l’opération se déroula fort heureusement comme prévu.

Ce nouvel emplacement était effectivement le meilleur autour du fort mais restait toutefois encore exposé aux vagues du fait de la destruction du boulevard. Mais reconstruire cette avancée de plus de 15 m en avant de la poterne posait un trop gros problème financier pour être résolu en ces années là.

Un matin de mars 2008,  la passerelle fut retrouvée complétement disloquée, les marches aux trois quarts disparues. Un bateau lourd avait certainement tenté de débarquer en s’échouant directement sur les marches. La passerelle était irrécupérable. Une identique mais plus renforcée par des longerons transversaux et une fixation en plusieurs points du rocher fut rapidement remise en place pour ne pas interrompre les liaisons du chantier.

Ci-dessus :
- Le chalutier amène la nouvelle passerelle  à l’aplomb de sa position définitive.
- Dans un creux des rochers, la passerelle va  faciliter les débarquements.

2007 - Logis 4. Charpente,  couverture et cheminée.

Ainsi patiemment, pierre après pierre, toute la brèche du rempart ouest fut refermée et permit de reconstruire la muraille du cinquième logis.  Sa séparation avec le quatrième fut réduite de largeur pour créer une vaste salle dont la poutre maîtresse de la charpente présentait une impressionnante longueur. A son extrémité, fut réhabilitée une grande cheminée à feu ouvert dont une partie de la sculpture avait été retrouvée dans les débris des pierres de la terrasse. 

L’achèvement du long toit des cinq logis va marquer la fin provisoire des travaux de couverture qui a nécessité l’emploi de plusieurs milliers d’ardoises. Le sixième et dernier logis restait impossible à reconstruire sans avoir entièrement restauré la pointe sud du fort servant d’assise aux murs de ce logis.

Ci-dessus :
- La grande cheminée séparant les 4ème et 5ème logis qui ne forment plus qu’une seule salle.

2008 - Logis 5. Charpente et couverture.

La restauration du rempart ouest permit de poser la charpente et le toit d’ardoise du cinquième logis qui, avec le logis 4, constitue une belle salle, de réception, la plus vaste du fort au niveau de la terrasse. Les combles se trouvèrent ainsi presque doublés de surface.

Ci-dessus :
- Le beau rempart ouest que surmontent les cinq nouveaux logis.

2009 - Restauration des salles de tir par Total.

La restauration du fort commençant à être sérieusement avancée, il apparaissait temps d’envisager des travaux dans l’intérieur des salles basses. De gros travaux n’étaient toutefois pas nécessaires car le fort conçu par Vauban pour faire face aux tirs des mortiers de 200 livres des galiotes, avait bien résisté aux tirs d’obus des canons américains de 1944. Les salles du premier niveau n’avaient souffert que des infiltrations d’eau provenant pendant 40 ans, de la terrasse qui en dissolvant la chaux avaient formé de grosses concrétions blanches au sol et des stalactites aux voûtes donnant aux salles des allures de grottes marines.

La célébrité du fort de la Conchée tenant en grande partie à la beauté de ses salles de tir en voûte tor, c’est à dire dessinant une courbe très franche avec une stéréotomie dans la taille des pierres, remarquablement bien réussie par les maçons de Vauban. Il faut savoir que chaque pierre dans la voûte est taillée différemment sur ses huit faces. La société Total apportant son soutien au titre du mécénat d’entreprise pour la rénovation du Patrimoine, la salle de tir au nord du fort qui illustre très exactement ce modèle rare de voûte tor, ainsi que la plus grande salle de tir du côté est, furent retenues pour bénéficier d’une restauration de toutes leurs parois de pierres en granit. Un sablage fin élimina les dépôts de chaux blanche et le rejointoiement entre les pierres fut repris au mortier romain, un mélange de chaux, de sable et de briques pilées qui a l’avantage de résister remarquablement mieux qu’un mortier classique à l’usure du temps. Plusieurs pierres de la salle nord très exposée au mauvais temps par les meurtrières ouvertes pendant 40 ans, en témoignent. Le granit a été profondément érodé, alors que les joints en mortier romain sont restés presque intacts.



Ci-dessus :
- La plus belle pièce de la Chrétienté aux dires de Vauban
-  Les parois des salles de tir à l’est et au nord,  ont été soigneusement décapées des traces de chaux et rejointoyées.
- Un sablage a éliminé toutes les concrétions et traces de chaux.
- Les énormes concrétions de chaux donnaient aux salles des allures de grottes marines.
- Sous les épaisses voûtes, les salles de tir ont échappé  aux destructions des obus de 1944.

2010 - Fin de la restauration des salles de tir et de la terrasse.

Les salles de tir ayant été parfaitement restaurées, les dalles en belles pierres  de Chausey, que les roulettes des canons en tressautant sous les tirs avaient par endroits endommagés, furent en partie déposées. Les salles basses ont ainsi retrouvé toute la beauté du siècle de Louis XIV. Sur la terrasse, les dernières plateformes ont été reconstituées.

Ci-dessus :
- L’énorme brèche dans le rempart ouest était presque entièrement refermée

2011 - Logis 6. Rempart et dallage du logis 6.

La restauration complète du rempart ouest jusqu’au niveau de la terrasse permit de reconstruire le parapet percé d’une large embrasure qui englobe le sixième et dernier logis. Mais il n’était pas possible de poursuivre plus avant sa reconstruction avec un toit en croupe car du fait de la destruction du rempart sud, la brèche descendait jusqu’au seuil de l’entrée du fort. Toutefois le dallage de ce dernier logis put être remis en état.

Ci-dessus :
- Le dallage de la terrasse, les plateformes de tir et les remparts restaurés ont retrouvé leur bel aspect des années 1700

2013 - Reconstruction du rempart sud.

Une grue disposant d’une flèche longue de plus de 10 m, ayant été héliportée sur la terrasse du fort, non sans quelques problèmes, la flèche mobile étant tombée à la mer lors de son transport, le chantier put reprendre à un rythme plus rapide en facilitant la manutention des matériaux. Plusieurs rangées de pierre  délimitèrent l’ouverture de la poterne et de la courbe du nouveau rempart qui commençait à masquer l’énorme brèche qui depuis 50 ans défigurait le fort.

Ci-dessus :
- La pointe sud du fort, pilonnée par les obus, restait encore en bien triste état
- Le pignon au S.W qui menaçait de tomber dans la mer disparait dans le nouveau parapet.

2014 - Rempart sud avec la poterne et grand escalier d’accès.

Les tirs de gros obus en août 1944 avaient pulvérisé toute la large plateforme en avant de la poterne dont le rôle était de renforcer la défense de l’entrée du fort par trois canons de 12 livres mais également d’assurer une meilleure protection de l’escalier d’accès contre la houle. De cette avancée, dénommée le boulevard, il ne restait que quelques gros blocs de pierre visibles qu’à marée basse. 

En 1830, à la suite de plusieurs violentes tempêtes, l’ancien escalier  avec son pont levis avait été détruit au point d’interdire pendant plusieurs années l’accès au fort. Le directeur des fortifications de l’époque avait décidé de profiter de ces gros travaux pour remplacer l’échauguette dominant l’entrée par une bretèche, c’est à dire un débordement carré du haut du rempart permettant de déverser des pierres et de l’huile brûlante sur les ennemis qui tenteraient un débarquement. Un ouvrage massif, certes plus défensif qu’une échauguette, mais sans aucune élégance et sans rapport avec la silhouette du fort de l’époque de Louis XIV.

Le fort ayant été, jusque-là, scrupuleusement restauré selon les plans de Vauban, la compagnie estimait que cette bretèche de 1830 devait être abandonnée au profit d’une échauguette semblable à celle construite sur le rempart au nord et qu’il fallait même reprendre la sculpture imaginée par Vauban au dessus de la poterne : une allégorie des armées du roi Louis XIV avec ses drapeaux, ses canons et des casques et armures à la romaine. Bien que les plans de restauration étaient déjà acceptés, la DRAC entérina ce retour au plan d’origine mais sans reconstituer toutefois le pont levis en haut de l’escalier qui affaiblissait dangereusement avec sa large fosse.

Après avoir reconstruit entièrement la courbe du rempart sud du fort, la porte d’accès reçut ses moulures et fut surmontée de l’imposte montrant les deux L entrelacés de Louis XIV et de sa maîtresse Louise de la Vallière. Une plateforme en avant de la porte fut construite en haut d’un nouvel l’escalier constitué de larges marches taillées deux par deux dans un même bloc de granit afin de pouvoir résister aux plus violentes tempêtes. Il fallut faire venir une grue montée sur une barge de manière à pouvoir ajuster chaque marche. Une vingtaine furent ainsi mises en place entre le haut de la passerelle métallique et la plateforme de la poterne, redonnant au fort son imposant escalier d’accès



Ci-dessus :
- Les moulures et l’imposte aux armes de Louis XIV dans l’entrée de la poterne
- Le logis 6 avec ses deux belles embrasures en direction de l’ouest.
- Chaque double marche pèse plus d’une tonne pour résister aux plus violentes tempêtes.
- Le bel arrondi du rempart sud autour de la poterne.
- L’entrée de la poterne avait totalement disparu avec le rempart et l’avancée du boulevard.
- Une bigue flottante a permis de soulever les marches pesant chacune plus d’une tonne.
- De l’ancien escalier, il ne restait rien que quelques marches.

2015 - Rehaussement du rempart sud et voûte de l’entrée.

Le nouveau rempart débordant de plus de 4 m les pierres dégradées, il fallut reconstituer une partie du couloir en avant de la grille d’entrée et pour respecter les plans de Vauban, une voûte en tonneau, c’est à dire à quatre pans fut reconstruite à plus de 10 m de hauteur dans le couloir.

2017/2018 - Achèvement du rempart sud et de l’échauguette.

Toutes les pierres taillées pour le rempart et l’échauguette dans la carrière près de Saint Malo vont être  transportées par hélicoptère avant la fin avril. Les maçons commenceront alors la reconstruction de la partie haute du rempart sud en y incorporant les gros blocs de granit du culot de l’échauguette, un ouvrage soigneusement taillé en des formes bien arrondies par les élèves du lycée technique de Quintin. Sur ce culot s’élèvera de plus de 2,50 m, le fût à six pans  percés chacun d’une étroite embrasure de l’échauguette que viendra coiffée une élégante coupole surmontée  d’une fleur de lys. Côté ouest, le parapet rejoindra le fût de l‘échauguette. Toute la partie haute du rempart sera ainsi remise en état redonnant au fort toute sa beauté du 17ème siècle, d’autant que les détails de la statue au-dessus de la poterne  seront taillés par le sculpteur. Elle va représenter une allégorie des armées du roi Louis XIV avec ses drapeaux, ses canons et des casques et poitrines d’armure à la romaine. 

Avec la reconstruction du toit en croupe en ardoises à l’extrémité des logis,  l’essentiel de la restauration du fort devrait être achevé 28 ans après les premiers déblaiements sur la terrasse, si l’on excepte quelques reprises des parois du rempart côté est, légèrement endommagées par les tirs d’obus.

2019……Reconstruction de l’ancien boulevard.

La reconstruction de l’escalier jusqu’au niveau de la basse mer n’est pas envisagée car l’accostage d’un bateau serait plus difficile  contre un ouvrage en pierre qu’en métal laissant passer les vagues entre les marches. Par contre, l'amarrage sera certainement plus aisé en renforçant la protection de l’escalier par la reconstruction en partie du mur est de l’ancien boulevard de manière à créer une  véritable digue.

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